lundi 2 mars 2009

L'usine de retraitement de La Hague (Manche), en France



La société Areva vient de publier un communiqué annonçant qu'un «transport en cours de préparation de combustibles nucléaires MOX entre l’Europe et le Japon partira de France.»

Rappelons que le MOX (Mélange d'OXydes) est un combustible, destiné aux centrales nucléaires civiles.

En France, deux sites participent à la fabrication du Mox : l'usine de retraitement de La Hague (photo ci-dessus : cliquez dessus ou ici pour l'agrandir), située dans le département de la Manche et l'usine Areva Mélox de Marcoule, située à cheval sur les communes de Chusclan et de Codolet, près de Bagnols-sur-Cèze, dans le Gard.

Pour produire du MOX, il faut en effet du plutonium et de l'uranium appauvri. Le Mox contient des oxydes d'uranium (UO2) et de plutonium (PuO2). Il est composé de 6 à 7 % de plutonium et de 93 % d'uranium appauvri.

Le plutonium est extrait à La Hague des barres d'uranium "brûlées" dans un réacteur nucléaire, civil ou militaire : une fois le réacteur en activité, l’uranium 235 contenu dans les barres de combustible est peu à peu remplacé par du plutonium 239. La Hague a été choisie par les autorités françaises pour y installer une usine de retraitement en raison du faible risque de tremblement de terre (présence d'un socle géologique ancien et stable) et de la présence de courants marins et de vents forts susceptibles d'évacuer rapidement les "effluents". Inaugurées en 1966, les installations de La Hague ont d'abord servi au programme militaire français d'armement nucléaires. A la fin des années soixante, l'usine s'est orientée vers le traitement du combustible civil.

Le plutonium, obtenu à La Hague est ensuite mixé à Marcoule avec de l'uranium appauvri issu de l'étape d'enrichissement de l'uranium (l’uranium naturel contient trois types d’isotopes, c’est-à-dire trois variantes d'un même élément caractérisée par le nombre de neutrons dans leur noyau : 99,28% d’uranium 238 - ou U238 -, 0,71% d’U235 et 0,0054% d’U234. Seul l’U235 est fissile, c’est-à-dire qu’il peut engendrer une réaction en chaîne. Et sa proportion doit atteindre 3 à 5% pour servir de combustible dans une centrale nucléaire et plus de 90% pour servir d’explosif dans une bombe nucléaire. Augmenter la teneur en U235 est l’objectif de l’enrichissement).

Une dizaine de compagnies électriques japonaises gérant des centrales atomiques ont des projets d'utilisation de Mox. Areva a signé des contrats avec un producteur de combustible nucléaire japonais, NFI (Nuclear Fuel Industries), pour la fourniture de Mox destiné à quatre de ces compagnies électriques : en 2006 avec Chubu, Kyushu et Shikoku, et en 2008 avec Kansai.

Le contrat avec Kansai, par exemple, «porte sur l’approvisionnement de 16 assemblages combustibles MOX destinés aux unités 3 et 4 de la centrale nucléaire de TAKAHAMA, implantée dans la préfecture de Fukui (Japon). La fabrication des combustibles se déroulera à l’usine AREVA de MELOX (Gard, France). Le plutonium issu du traitement à l’usine AREVA de La Hague des combustibles usés sera ainsi recyclé puis renvoyé au Japon sous forme de MOX.»

A noter que le communiqué publié par Areva au sujet du transport de Mox en cours de préparation, indique : «En accord avec les Gouvernements des 3 pays concernés (France, Japon et Royaume-Uni), et pour d’évidentes raisons de sécurité, la communication sur cette opération sera faite de la façon suivante par AREVA, nos trois clients électriciens japonais (Chubu Electric Power Company, Shikoku Electric Power Company et Kyushu Electric Power Company) et par la NDA britannique, qui en sont parties prenantes:
• les informations relatives aux opérations seront diffusées dans les jours qui les précèdent
• l'heure du départ d’Europe vers le Japon et la route maritime qui sera suivie seront communiquées le jour suivant le départ d'Europe.

Une communication similaire est mise en place simultanément au Japon par les industriels impliqués dans ces opérations (Chubu Electric Power Company, Shikoku Electric Power Company et Kyushu Electric Power Company) et au Royaume Uni par la NDA.»

En quoi la NDA (Nuclear Decommissioning Authority - l'autorité chargée de superviser le démantèlement des installations nucléaires anglaises) et le gouvernement britannique sont-ils concernés par ce transport de Mox partant de France et à destination du Japon ?

Il semble que du plutonium anglais soit utilisé par Areva pour fabriquer du Mox. Le fabricant anglais Sellafield Limited n'a jamais réussi à faire fonctionner correctement son usine de Mox, située à Sellafield. Pour tenir ses engagements, Sellafield Limited aurait sous-traité une partie de sa production de Mox à Areva. En compensation, l'industriel français recevrait du plutonium anglais (voir l'article consacré à Sellafield sur l'Atlas du Nucléaire).

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Cap_de_la_Hague

http://fr.wikipedia.org/wiki/Usine_de_retraitement_de_la_Hague

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mox

http://www.lahague.areva-nc.com

La France importe du plutonium anglais en toute discrétion, article publié le 21.05.08, Lemonde.fr

jeudi 30 octobre 2008

Le siège de l'AIEA, à Vienne, en Autriche


L’AIEA (l’Agence Internationale de l’Energie Atomique - ci-contre son siège à Vienne, en Autriche ; cliquez sur la photo ou ici pour l'agrandir) est une agence de l’ONU, installée en Autriche chargée de faire respecter le TNP. Ce "Traité de Non-Prolifération" est censé empêcher les pays signataires de développer un programme nucléaire militaire. Signé en 1968 par 136 pays et entré en vigueur en 1970, le TNP est à double détente. D'abord, il interdit aux cinq détenteurs officiels de l’arme nucléaire – en 1970, les Etats-Unis, l'URSS (la Russie aujourd'hui), le Royaume-Uni, la Chine, et la France – de transmettre leurs connaissances militaires aux autres nations. Ensuite, le TNP contraint les Etats Non Dotés d’Armes Nucléaires (les "Endan") à promettre de ne pas vouloir acquérir la bombe. En échange, ces pays bénéficient d’un accès privilégié au nucléaire civil.
Théoriquement, chaque signataire du TNP doit déclarer et placer sous le contrôle de l’agence de Vienne l'intégralité de ses installations. Y compris, au gramme près, toutes ses matières nucléaires : uranium, plutonium, thorium… 923 sites sont actuellement surveillés par l’agence et ses 250 inspecteurs. Tout ce qui peut être directement utilisé pour fabriquer une bombe, comme l’uranium hautement enrichi ou le plutonium, est inspecté tous les mois ; le reste l’est tous les trois mois (combustible irradié dans un réacteur) ou chaque année (stock d’uranium naturel).
La fréquence des inspections de l'AIEA est déterminée par le profil (« à risque », « pas à risque ») du pays : pas moins de 300 paramètres (cet état possède-t-il des mines d’uranium ? des installations pour stocker les déchets après retraitement du plutonium ?) sont examinés pour savoir à quel stade de la filière militaire il se trouve. Cette liste de critères est mise à jour au moins une fois par an.
Les inspections sont soigneusement préparées. Le service documentation de l'AIEA passe au peigne fin informatique plus de 40 000 sources d’information (Internet, les revues spécialisées, les comptes-rendus de colloques, les catalogues des foires industrielles …), provenant de 118 pays et rédigées en 22 langues. Des logiciels de « fouille de données " tentent déjà de dénicher le moindre indice suspect, par exemple, la rédaction d’un rapport sur la centrifugation par des universitaires sud-coréens.
Une fois repéré un pays potentiellement proliférateur, il faut identifier des installations suspectes. C’est le rôle des satellites et de la surveillance de l’atmosphère. L'agence recourt à l'imagerie satellitaire pour préparer ses inspections. Elle achète les clichés pris par deux des meilleurs satellites photo commerciaux, Ikonos et QuickBird, dont les résolutions sont respectivement d'1 m et de 0,60 m.
Ces clichés peuvent faire l'objet d'un traitement particulier. En 2005, l'AIEA a commandé au département "renseignements d'origine géospatiale" d'EADS Defence & Security, des animations représentant les installations nucléaires que la Corée du Nord possède à Yongbyon (coût de ces travaux : 25 000 euros). Avant de se rendre sur place, les inspecteurs de l'AIEA ont méticuleusement étudié ces vidéos ; une fois sur le terrain, ils se sont repérés plus facilement.
Ci-dessous une photo satellite et des vue, tirées d'une animation réalisée pour l'AIEA, d'un réacteur de recherche de 5 mégawatts, installé à Yongbyon (on aperçoit également la tour de refroidissement et le bâtiment où est stocké le combustible nucléaire usagé). Ce réacteur a été fourni à la Corée du Nord en 1965 par Moscou (copyright photo : "EADS Defence and Security - Geo-Intelligence Department").